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Réserve
Charles Chase redonne vie aux antiquités de la musique
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Article et photo (haut) par Raechel Fittante (Campus Times - Our Towns, 12 décembre 1997). Traduction par Emmanuel Rivet / www.swer.net. © Reproduction avec l'aimable autorisation d'Eric Borer, Campus Times, University of La Verne

Parmi le délicat désordre de livres et d'instruments amassés sur les étagères du Folk Music Center, Charles Chase, le propriétaire, fait la démonstration d'un authentique digeridoo fabriqué à la main.

"Le laiton a une mémoire - et un réparateur. S'il y a une bosselure, le laiton a la capacité de retrouver sa forme originelle."
Pour illustrer son propos, après avoir déambuler à travers le magasin, désignant ça et là ses instruments préférés, il se baisse et se saisit d'un gong posé sur une étagère, adossée au mur du fond.
Chase explique que chaque gong produit un son différent ; un son qui lui est propre. "Celui-ci a été fait avec les coques d'obus que l'on avait largué sur le Viet-Cong. Elles ont été récupérées après une bataille et ramenées à Bangkok, où elles ont été fondues. Il ressort de ces gongs quelque chose de très particulier."

Chase marque une pause, esquisse un sourire, puis frappe le gong.
C'est un son sourd qui retentit, net et bref, presque comme un coup de feu. Chase désignant l'instrument du doigt conclut. "Ce gong a en mémoire la façon dont on s'en est servi auparavant, cela ressurgit dans le son."

Réserve
Réserve du Folk Music Center. [Photo extraite du documentaire "Welcome to the cruel World" - JP Plunier, Line Postmyr, Jeff Gottlieb. Source: benharperlive.net]

Dans pratiquement chaque ville, il y a quelqu'un ou quelque chose qui incarne ou symbolise les lieux, que ce soit à travers sa culture ou son histoire.
Souvent il s'agit de l'élément vital qui relie le passé au présent.
A Claremont, rien ni personne ne pourrait mieux que Charles Chase, remplir ce rôle.

De même que le laiton a une mémoire, Chase a le souvenir de chaque événement de sa vie. Il connait aussi chaque instrument du Folk Music Center et l'anecdote qui s'y rattache. Des histoires éternelles coulent de sa bouche comme les chansons du passé.

Trapu, avec de longs et fins cheveux blancs, une longue barbe blanche, Chase est un improbable mix de Jésus et du Père Noël. Né en 1914, il marche en boîtant légèrement. Parle posément, d'un ton prophétique, caractéristique du New Hampshire rural d'où il est originaire. Sa "positive attitude" et sa bonté illuminent son âme. Il est, une légende de son temps, une figure emblématique du Village de Claremont.

Le Folk Music Center est situé sur Yale Avenue.
Au premier regard, le Centre ressemble à n'importe quel autre magasin du village.
Mais une fois à l'intérieur, son atmosphère spéciale vous saisit.

De magnifiques et rares instruments - des flûtes, des mandolines, des tambourins en passant par des tambours de l'Ouganda - ornent les murs et remplissent les étagères jusqu'au plafond.
Les gens viennent ici pour acheter ou essayer des instruments difficiles à trouver aux Etats-Unis. Le magasin possède aussi des articles représentatifs du "Folk Art" ; des bijoux, des poupées, des livres ou des statuettes.

Un des instruments préférés de Chase et "le seul que je joue," est le "Mouth Bow", un instrument ramené de la côte Est à l'époque où l'Angleterre avait encore le contrôle des colonies.

A l'origine le Folk Music Center se situait sur Havard Avenue, dans une pièce à l'arrière d'une agence immobilière de Claremont. Les Chase s'installèrent de l'autre côté de la rue le 5 Avril 1970, pour se retrouver à l'emplacement actuel. Ils avaient ressenti le besoin de posséder leurs propres locaux, bien qu'à l'époque, ils n'avaient pas encore assez d'instruments pour remplir tout l'espace.

Ils ont acheté la bâtisse pour 28 000 $ et en quelques années ils réussirent à attirer un public important.

[Le premier manager du Folk Music Center fut Albert Udin, le père de Dorothy]

"Pendant longtemps les gens donnèrent des instruments pour effacer leurs dettes. C'est comme cela que nous avons récupéré la plupart de nos instruments."

Dorothy et Charles
"Le Folk Music Center est aussi un musée officiel. Ma femme Dorothy et moi avons ouvert le magasin le 12 Août 1958. Depuis le début nous nous sommes toujours considéré comme un musée. J'ai un réel penchant pour la collection.

[Dorothy and Charles Chase]

Quand nous nous sommes adressés à l'Etat de Californie en 1982 pour devenir un musée officiel, ils ont répondu que nous devions obtenir l'autorisation du Folk Music Center. Donc nous nous sommes nous-mêmes donnés la permission et avons ouvert notre musée" dit Chase en riant.

Il y a aussi un atelier dans le fond où l'on fabrique et répare des instruments.

Chase ne joue pas d'instrument, ne chante pas, ne lit pas la musique et est "sourd comme un pot." Il est entré dans le monde de la musique en 1950, quand il a décidé de réparer lui-même un banjo pour sa femme, plutôt que de payer 7 $.
"J'ai étudié l'instrument, j'ai appris à le restaurer. Ma femme apprenait à jouer et enseignait. Pendant qu'elle prenait des leçons je parcourais les petites annonces pour récupérer de vieux banjos, les restaurer et les revendre. Avec cet argent ma femme pouvait s'acheter des cassettes, des livres et des enregistrements pour donner ses propres cours.

"Plus tard nous avons ouvert une section de jouets ; nous avions tant de petits-enfants."

Ben Harper
De quatre filles Chase, sont nés 10 petits-enfants. L'un d'eux s'appelle Ben Harper.

[Photo extraite du documentaire "Welcome to the cruel World" - JP Plunier, Line Postmyr, Jeff Gottlieb. Source: benharperlive.net]

"Il a travaillé ici pendant cinq ans" explique Chase. "Il est devenu un expert en restauration de guitares. Il est devenu si bon que des professionnels lui confiaient leurs instruments. Quand il avait fini de les réparer, il devait les essayer pour être sûr qu'ils sonnaient bien."
Chase, espiègle, marque une pause, une lueur jaillit dans ses yeux bleus pâles.
"Rapidement, le temps qu'il consacrait à les essayer est devenu plus long que celui passé à la réparation. Alors un jour il a arrêté et il est parti."

Chase aime aussi parler de Poésie, peut-être au fond, sa plus grande passion.
À l'extérieur du magasin est fixé un panneau, dédié à la poésie ; une grande plaque en bois sur laquelle Chase épingle les poèmes qu'il a écrit. Il invite chacun à faire de même.

Plus de 3 000 poésies sont enregistrées sur son ordinateur. Il a publié la majorité d'entre elles dans de petits livres de pensées qu'il a lui-même illustré, imprimé et propose à la vente.

Deux Géants
Chase sort de la boutique. Alors qu'il désigne du doigt ses deux gigantesques sculptures disposées à l'arrière du magasin des passants l'interpellent. Chase les salue et échange quelques mots. De retour dans le magasin, le nombre des clients a augmenté. Ils longent les murs et essayent les instruments au centre de la pièce.

[Photo extraite du documentaire "Welcome to the cruel World" - JP Plunier, Line Postmyr, Jeff Gottlieb. Source: benharperlive.net]

Peter Harper, le frère de Ben, aide aussi à diriger le magasin. Il s'approche de Chase et lui demande combien coûte la flûte qu'il lui tend.
Chase la regarde pendant une minute avant de lâcher : "Et ben, il y a quelques années c'était 27 $. Je suppose c'est toujours le cas."

Peter incline la tête et retourne au téléphone.
"C'est 47 $".
"Non, je n'en joue pas normalement mais je peux l'essayer pour vous si vous voulez."
Il joue alors quelques notes sur la flûte pour permettre au client d'avoir un idée de sa valeur.
"Okay je vous la mets de côté !"

Chaque mercredi matin à 9h30, Chase et Peter font visiter le Musée à un groupe d'enfant. "Je commence d'habitude en tenant le globe terrestre et en leur promettant de les emmener faire un voyage autour du monde." Un voyage inoubliable pendant lequel Chase redonne vie aux antiquités de la musique.

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Folk Music Center
Folk Music Center
Folk Music Center
www.folkmusiccenter.com

220 Yale Avenue - Claremont, CA 91711 - (909) 624-2928 - Ouvert du mardi au samedi de 9h à 17h30


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