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Ecriture
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Ben Harper : "Je n'ai pas eu une éducation musicale formelle dans le sens où je n'ai jamais appris le solfège; je ne lis pas les notes. J'ai appris à jouer en regardant les autres et en écoutant beaucoup de disques. Si j'avais pris le temps d'apprendre à lire les notes, je n'aurais pas eu le temps d'apprendre à jouer. Mais maintenant, j'aimerais prendre des leçons pour avoir une base théorique."

"J'écris des chansons simples, des paroles que tout le monde peut comprendre. Les belles chansons ne sont pas compliquées, ce sont celles qui sont facilement perceptibles par les autres."

"Les chansons du genre "Roses from my friends", "Ashes", "I shall not walk alone"...  me sortent beaucoup plus facilement que les titres un peu plus syncopés que j'ai un mal de chien à mettre en ordre en studio alors qu'ils sont clairement orchestrés dans ma tête! Il faut croire que mon côté paisible et contemplatif me pousse plus facilement vers ce genre de musique, calme et sereine. Je crois qu'instinctivement et pourtant inconsciemment je n'aime pas beaucoup le bruit (rires)..."

"La légèreté de la guitare permet de mettre en valeur les paroles et plus généralement la voix. Le morceau bénéficie bien souvent à travers son texte, d'une dimension plus forte, plus pertinente, parfois sociale et bien souvent salvatrice. Certaines musiques ne sont faites que pour danser. Je pense pourtant que les textes font partie de la tradition lyrique, nécessaires à son esprit. Ca fait partie de son âme. Cela permet de perpétuer et de transmettre une pensée aux générations à venir."

"Telle ou telle phrase peut être profondément musicale. Pour moi, les mots, c'est de la musique. La fusion paroles / musique est la quête permanente. Je ne veux pas que ma musique soit abîmée par mes paroles ou que mes paroles nuisent à ma musique. Si je trouve une mélodie que j'estime être bonne et si elle me vient à l'esprit sans aucun mot, je ne ferai rien pour changer cela. Si elle doit rester sans parole, elle le restera."

"Je suis un compositeur, pas un poète, pas un musicien mais un simple songwriter. Lire un poème et lire un texte musical sont deux choses différentes. Les miens sont assez bien écrits, même sans musique mais ils sont faits pour être accompagnés d'une mélodie, d'un rythme etc..."

"L'écriture est un processus complexe. On souffre pour être le premier, le plus fort, le plus cultivé, c'est normal. Cette souffrance est présente depuis mes débuts mais, en même temps, seule la musique parvient à la guérir. C'est le paradoxe qui me permet d'avancer, de ne jamais baisser les bras. Je souffre quand je compose, mais le résultat m'aide à vivre et m'éloigne ainsi de la souffrance. Faire de la musique me procure une sorte d'équilibre sans lequel je serais quelqu'un de passablement dérangé. Comme je compose depuis mon adolescence, j'ai pu me protéger des pires souffrances, celles que connaissent ceux à qui on n'a pas su transmettre l'envie de réaliser quelque chose sur cette Terre."

Tryptique

Photos © Vincent Lignier


"La question du manque d'inspiration est insoluble. Parce que je serais déjà incapable de définir l'inspiration. Je ne sais même pas d'où elle vient ni si elle va m'habiter encore longtemps. Pour toutes ces raisons, si une chanson vous traverse l'esprit, vous devez la noter instantanément, y réfléchir afin qu'elle ne se perde pas. Ma guitare est toujours prête et je murmure toujours mes idées à mon dictaphone. La seule chose que je sais sur l'inspiration, c'est comment lui donner une forme précise."

"Je n'ai pas une façon très déterminée d'écrire les chansons. Ca peut être un mot qui m'a fait penser à une image précise, un truc spirituel qui te transcende... La recette miracle n'existe pas. La musique peut venir en premier ou les paroles ou les deux ensemble. Les mélodies peuvent naître sur le manche quand j'improvise ou me venir toutes seules dans le crâne."

"Je n'écris pas que sur slide, j'écris beaucoup sur les round-necks. Même avec des accords majeurs, je peux obtenir des accords mineurs sur le manche. Je peux intervertir les accords mineurs et majeurs. Ecrire sur des round-necks me permet d'atteindre différentes parties du manche et des structures d'accords différentes."

"J'ai l'impression que le meilleur reste à venir mais c'est difficile à dire parce que c'est quelque chose de si intangible, quasi-impossible à contrôler. Je trouve la créativité partout. Même en cas de déclin de ma créativité, il reste toujours des choses intéressantes à chanter, mais avec un niveau d'énergie moindre. Même avec une créativité moins importante, tu peux écrire des choses uniques. Parfois quand tu te mets à écrire, rien ne vient et puis si tu t'y tiens assez longtemps, cette absence d'inspiration en devient une; ça te pousse à creuser et creuser au fond de toi pour trouver quelque chose qui n'aurait jamais fait surface si tu avais reposé ton stylo. Alors..."

"Je joue sans arrêt, c'est un besoin physique. Jouant quotidiennement, j'essaie d'écrire une chanson par jour. Parfois les chansons s'écrivent dans le temps qu'il faut pour la jouer. Parfois elles prennent un an. Je ne force rien, laissant venir. La clef pour composer, c'est de ne rien précipiter. Si jamais tu as une idée qui retient ton attention et qu'en cours de route tu es en manque d'inspiration, mieux vaut t'arrêter pour laisser respirer ton esprit. Après, tu peux t'y remettre mais il ne faut surtout pas se forcer. Tu dois te laisser guider par des éléments extérieurs qui font que tu vas te trouver inspiré par telle ou telle chose. Pour écrire des paroles, l'important est de savoir écouter. Pour moi, chaque discussion est une source potentielle d'inspiration pour mes textes. c'est pourquoi je suis très à l'écoute de ce qui m'entoure."

"Le fait d'avoir tourné si longtemps a considérablement renforcé mes capacités de songwriter et de musicien. Je peux oser plus de choses aujourd'hui parce que l'expérience commence à porter ses fruits. Les gens pensent que j'écris mes morceaux en méditant dans le désert. Je suis désolé mais je les écris dans le bus pendant les tournées. Je n'ai plus vraiment le temps d'aller dans le désert. Ce qui ne veut pas dire que je ne l'ai pas fait quand j'étais jeune, vers 18 ans mais je suis assez détaché pour réussir à prendre le temps de me retirer pour chercher en moi-même mon propre désert et écrire des chansons spirituelles en voyageant avec douze autres personnes, les unes sur les autres. Je suis comme tout le monde, un animal social."

"JP Plunier et moi n'essayons pas de tout représenter dans un disque, même si beaucoup le croient. On n'essaie pas de faire un pot-pourri ou une espèce d'encyclopédie musicale.Chaque nouvel album est à la fois un défi, une remise en question et le prolongement des précédents. Chaque album est un chantier ininterrompu, jusqu'au suivant. J'écris plus que nécessaire. Je ne garde que les chansons qui représentent un challenge pour moi. Quand il s'agit de savoir celles qui conviendront le mieux, j'ai une intuition très développée. Je cherche des compositions qui défient mes compétences et qui propulsent le disque dans sa propre direction. Elles sont différentes les unes des autres mais possèdent suffisamment de liens pour revendiquer une cohérence."

"Je ne considère pas que mes nouvelles chansons sont meilleures que les anciennes mais j'ai sans doute plus confiance dans ma capacité à communiquer à travers elles. Je ne prétend pas que c'est facile mais plutôt que ma maîtrise augmente. Ma compréhension de l'écriture s'affine."

"L'inconnu est sain. J'ai toujours voulu apprendre et écouter des choses originales. Se confronter à l'inconnu est incontestablement un plus."

"Il s'agit à la fois d'une lutte permanente contre moi-même, une bataille personnelle qui me pousse à avancer et en même temps, ce sont mes chansons, ma musique, et cela appartient à mon âme, à mon coeur, je vis et je respire à travers cette musique. Je lutte en permanence contre des démons, des démons venus de l'extérieur mais surtout ceux qui sont en moi. Chaque jour, nous vivons tous entre le bien et le mal, l'amour et la haine et cette lutte permanente devient une part de nous-mêmes. Chez moi, elle s'exprime à travers la musique. Si on écoute attentivement mes disques, on peut m'entendre lutter contre moi-même, quelqu'un d'autre ou quelque chose. En réalité, j'essaie juste de trouver une certaine paix intérieure dans ce monde de folie furieuse, entre les sirènes des flics et les hélicoptères."

"Je me suis toujours demandé si j'écrivais les chansons où si c'est elles qui m'écrivaient. Maintenant elles ressemblent à des amies. Je ressens une complicité avec cette habileté et cette inspiration nécessaire à l'écriture. Je ne veux pas que mes disques soient faciles d'accès. Quand The Will To Live est sorti, cela m'a libéré. Avec Burn To Shine, j'ai compris qu'à partir du moment où les chansons sont bonnes, je peux aller où je veux."

"Maintenant, je ne cache pas que mon espoir, ce serait d'atteindre le niveau d'un Neil Young, d'un Johnny Cash ou d'un Bob Dylan; ces artistes ont su allier la simplicité à l'intelligence. Il n'y a rien de plus enviable que d'être entre ces deux pôles et de pouvoir naviguer librement de l'un à l'autre, par le simple pouvoir de l'écriture. Voilà le genre de fantasme, de rêverie que peut provoquer chez moi le songwriting. C'est presque du domaine de la science-fiction."


Burn To Shine
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Ben Harper : "Je voulais faire un disque vraiment créatif. J'avais écrit plus d'une trentaine de chansons dans des styles très différents et j'ai fait appel à JP Plunier. Il comprend parfaitement ma musique et est en quelque sorte mon George Martin. Pour chacune des douze chansons de l'album, il a fallu en écarter deux. Ensuite c'est le groove du moment qui nous a aiguillé."

"J'étais sorti de la tournée de The Will To Live avec un foisonnement d'idées qui m'obsédaient. Avant d'enregistrer, je suis resté des semaines prostré dans mon lit, incapable de trouver le sommeil, avec ces visions de chansons jaillissant autour de moi dans la pièce, tournant dans ma tête. Un jour je me suis dit: "Ca suffit, je vais partir sur la route, tout seul avec ma guitare acoustique, tourner dans les pays amis; France, Italie..." Mais ces chansons me paralysaient. Chaque fois que je prenais une guitare, impossible de jouer autre chose que ces nouveaux titres."

"J'ai longtemps travaillé vocalement les morceaux de Burn To Shine. Je savais précisément ce que je devais chanter et comment le faire. J'ai poussé ma voix plus que sur aucun autre de mes albums. Sur "Show me a little shame", qui est un R&B, je me suis inspiré d'Al Green et d'Otis Redding. Dans "The woman in you", j'ai utilisé ma voix pour reproduire une conversation entre un homme et une femme, c'est un vieux truc de bluesman qu'employait Robert Johnson. Sur "Two hands of a prayer" les vocaux viennent directement du Gospel et "Steal my kisses" est une mélodie style Nashville chantée en Reggae."

De même que sa musique, sa voix emprunte des registres plus variés.

"Je me suis rendu compte qu'une voix, c'est un véritable être vivant. Soit tu décides de la faire grandir, soit tu la perds parce que tu la laisses s'étioler, se dessécher.
Aujourd'hui, je sais que je peux passer d'un univers à un autre sans cesser d'être moi-même. J'ai découvert un nouveau monde vocal, avec des choses merveilleuses et d'autres plus effarantes (il pousse un rugissement puis un grognement). Je savais qu'il y avait une part de sauvagerie, d'animalité dans ma voix. La révélation a été longue à venir, mais quelle jouissance au bout du compte."

"Il y a aussi sur le disque un certain nombre d'effets spéciaux, loin de ma chère Weissenborn. Mais il faut pas croire que j'ai chez moi un laboratoire sonore où j'expérimente. Le labo est dans ma tête mais je ne peux pas dire non plus que je suis un instinctif pur. Par exemple, toutes ces intuitions ne peuvent venir que si tu maîtrise bien un instrument. Sinon, elles restent informulées. Or apprendre à bien jouer réclame un long travail et beaucoup de discipline. La discipline est très importante dans la musique pour parvenir à pouvoir dire tout ce que l'on a à dire. Et je crois que maintenant beaucoup de jeunes fuient un peu devant l'apprentissage des instruments parce qu'ils ont peur de cette discipline. Ils ont tort. ce n'est pas une prison. Je me sens totalement libre et heureux quand je joue."


Reprises
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Ben Harper : "A chaque nouvel album, j'essaye de faire passer des messages, une atmosphère, des sentiments qui me sont propres. Il est donc délicat de coller là en plein milieu d'un cheminement, un morceau que je ne vient pas de moi. De plus, je n'ai déjà pas la place de mettre sur mes albums toutes mes compos, alors je me dis qu'enregistrer celles des autres n'a peut-être pas grand intérêt."

Les reprises trouvent cependant leur place sur le double album Live From Mars. On y retrouve "Whole lotta love" de Led Zeppelin, "The drugs don't work" de The Verve et "Sexual Healing" de Marvin Gaye.

"Nous avons tellement de reprises qu'il a été difficile de choisir. On a gardé "Whole lotta love" associé à "Faded" parce qu'on pensait que ces deux titres allaient très bien ensemble. On savait aussi que "The drugs don't work" serait dans le live. Tout le monde disait que l'enregistrement était excellent. S'agissant de "Sexual healing" nous savions que quoiqu'il arrive, le double live tournerait autour de ce morceau. Il y a une telle réponse du public à chaque fois qu'on le joue!"


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