Bo Weavil assurera la première
partie de Ben Harper à l'Olympia le 27 juin prochain.
L'occasion pour nous de découvrir ce groupe de blues
français étonnant (semblant tout droit sortir
du Delta du Mississippi...) et de faire la connaissance
de Jan Ghazi — patron du label A*Rag Records. |
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Interview par Emmanuel Rivet /
swer.net - juin 2006
• Est-ce que tu peux résumer ton parcours
professionnel ?
Jan Ghazi : Depuis 12 ans dans la musique — D’abord
chef de produit (EPIC/ NTM, Alain Chamfort, même Obispo…),
puis directeur image/son (EPIC/ NTM, FFF…), puis directeur
artistique éditions (Delabel Éditions/ Louise
Attaque, Dj Mehdi, Sergent Garcia, Daft Punk, et plein de
trucs pendant 5 ans), un court moment manager de 113 et
finalement co-directeur du label Source/Virgin (Saian Supa
Crew, Camille, Air, Phoenix, Thomas Winter et Bogue, Thierry
Stremler… et plein d’autres trucs pendant 3
ans). Avant tout ça, un peu à la bourse et
en production vidéo (où j’ai eu la chance
de travailler avec Seb Janiak, JB Mondino…).
• Tu peux me dire quelques mots sur ton parcours
de musicien, et sur ta "famille musicale" ?
Back in the days, sur le campus nous avions un groupe d’école
avec Jeff Gottlieb (cf artwork du premier album de Ben [ ◊])
et Fred Olivennes (aujourd’hui directeur de Radio
Classique). Fred nous a ramené un nouveau batteur
: Matt Boogaerts avec qui on s’est éclaté
pendant des années avec une formule libre "L’Atelier"…
Fred m’a aussi introduit à l’époque
dans un milieu de jeunes musiciens : Les Vercoquin (Seb
Martel, Hervé Salters, Cyril Avèque, Thierry
Stremler, Christophe "Chéri Papa Disco"
Minck, Jérôme Goldet), Mathieu Chédid,
Pierre Bocheron, puis de fil en aiguille Vincent Segal,
Frank Monnet… En ce moment j’accompagne à
la lap steel mon pote Seb Martel avec lequel nous avons
collaboré sur quelques titres de son nouvel album. |
• Comment est-ce que tu
t'es retrouvé à jouer de la guitare sur "Cryin'
Won't Help You Now" (Both Sides of the Gun, 2006) ?
Avec Jean-Pierre Plunier [ ◊],
j’ai toujours joué de la musique depuis mon
adolescence. Tous les deux reprenant du Hank Williams, ou
jouant avec mon frère dans leur appartement de famille
avenue Wagram… Plus tard avec Jeff Gottlieb et moi-même,
JP Plunier a fondé les Naturalites. A chacun de mes
passages à Claremont nous avions également
l’habitude de nous retrouver à trois pour des
sessions. Avec les Naturalites nous avons même joué
au Nick’s Caffé [ ◊]…
(c’est à cet endroit que j’ai d’ailleurs
rencontré Cyril Atef, batteur de M et de Bumcello,
que JP connaissait depuis longtemps quand celui-ci jouait
pour COCU [ ◊]).
• Comment s'est passé la session d'enregistrement ?
On a déboulé au studio The Boat [ ◊]
avec Nick ( Sandro - ancien patron du Nick's Caffé
Trevi), JP (Plunier), et Stéphane (ATS Surf
Shop de Plouharnel – Morbihan) en fin de journée.
Ben nous a naturellement proposé de jouer un morceau
avec lui. Ben a vite organisé tout ça, JP
à la batterie (qu’il travaille ces derniers
temps), Nick à la basse et aux choeurs, Ben à
l’acoustique et moi à l’électrique
et aux choeurs. Le morceau était assez simple, les
choeurs ont été rapides à caler. Le
titre était en boîte en 1/2 heure, simplement.
• Il y a une anecdote amusante à propos
du sens de la chanson...
Nick n’était pas satisfait de sa partie. Le
lendemain il m’en a fait part et je lui ai dit "Cryin’
Won’t Help You Now" (" ça sert
à rien de pleurer maintenant").
• Ca faisait longtemps que tu n'avais plus joué
avec JP ?
Chaque fois que je passe à Claremont on essaye de
trouver le temps de jouer ensemble. La dernière fois
que nous avions joué avant l’enregistrement
c’était en fait la veille pendant deux heures
avec Nick (la seule fois depuis très longtemps).
Heureusement d’ailleurs, comme ça on était
complétement détendus, aucun n’étant
musicien pro ça peut être un peu impressionnant
des fois de jouer en studio…
• Quel modèle de guitare as-tu utilisé
?
Une vieille Fender Telecaster couleur crème (excellente
guitare). |
| Accords utilisés
sur Cryin’ Won’t Help You Now
Couplets / Refrains
A / Bm (barré case 2) / Dbm (barré case 4)
/ D / E
A / A (+ 6ème corde case 4) / A (+ 6ème corde
case 2)
D / E / A / A7
Pont
Dm / A / A7
A / A (+ 6ème corde case 4) / A (+ 6ème corde
case 2)
Final
E / C (barré case 3) / D (barré case 5) /
A
La guitare électrique est jouée en picking.
Elle suit la même grille d'accords que la guitare
acoustique (avec quelques renversements). |
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| •
Qu'est-ce qui t'a poussé à monter ton
propre label ?
Jan Ghazi : Je voulais quitter La "grande" maison
de disques, Bo Weavil m’y a aidé. Après
avoir livré à Virgin les derniers albums de
Camille, et de Sir Samuel (du Saian), j’ai directement
enchaîné sur l’enregistrement de Bo Weavil,
mais cette fois-ci avec mes thunes... Ça faisait
longtemps que je voulais faire des prods simples, courtes
et instinctives, plutôt que des projets trop sophistiqués…
• Quelle est la vocation de A*Rag Records ?
Construire un répertoire nouveau qui plonge les mains
dans les racines de la musique américaine. Ce n’est
pas un label de blues, c’est juste la porte d’entrée
que j’ai choisi pour monter le label… Avec A
Rag, je compte rester longtemps dans la "niche"
musicale — mais dans une vraie, avec des chiens et
des os dedans…
• Est-ce que tu comptes éditer/rééditer
des enregistrement originaux datant de la fin du 19ème
siècle jusqu'au début des années soixantes,
ou bien plutôt travailler avec des artistes contemporains
comme Bo Weavil ?
Réponse b : travailler avec des locaux qui envoient
autant, sinon plus, que nombre d’américains…
C’est bien plus marrant que de déterrer juste
des vieux enregistrements. Les vieux trucs je les achète
et les écoute. Rencontrer des gars comme Bo Weavil
ou encore Don Cavalli (projet album sur le label) c’est
une chance incroyable pour moi : il me font partager leur
science.
• Est-ce que tu peux nous présenter
le groupe Bo Weavil ? Et nous dire ce qui t'a séduit
chez eux ?
Le style d’abord, je ne savais pas que des mecs était
aussi bon en blues pas loin de chez moi. La 1ère
fois que je les ai vus sur scène j’étais
en compagnie de Seb Martel et on a halluciné tous
les deux!!! Ensuite ils sont généreux et assez
simples.
• Quelle voie comptes-tu privilégier pour
développer leur carrière ?
Pour le cas de Bo Weavil, le blues s’adresse réellement
à une très large clientèle qui n'attend
que ça, juste qu’on les sollicite avec autre
chose que Jean-Jacques Milteau ou Poppa Chubby, donc on
s’attaque à tous les fronts médiatiques
avec nos petits moyens, de la distrib par tous les moyens.
Pour Don Cavalli (qui joue d’ailleurs le 26 à
l’Olympia) c’est une autre histoire… à
venir.
• Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?
Don Cavalli donc… Un parfait songwriter qui s’inspire
à la fois du hillbilly, gospel, reggae, soul, r&b
enfin tout ce que je kiffe. Une voix (en anglais) parfaite,
un style nickel, la grande classe quoi… produit par
Vincent de Bo Weavil.
• Avec quel artiste aimerais-tu travailler
à l'avenir ?
Je suis comblé, je bosse déjà avec
des mecs qui cartonnent. Pas d’envie pour l’avenir
à part bien bosser pour ces mecs-là. |
Boogie Matt "Arrow" (alias
Matthieu Fromont / 33 ans) : voix, guitare électrique,
harmonica — Sleepy Vince (alias Vincent Talpaert /
30 ans) : contrebasse, batterie, percussions, washboard
— Ludovic Binet : Piano. |
| • À quelle tradition
du blues est-ce que vous vous rattachez ? Et quels
bluesmen comptent parmi vos principales influences ?
Bo Weavil : Delta Blues, électrifié, plus
particulièrement Lightning Hopkins, John Lee Hooker…
En fait la plupart des artistes du sud (genre Howlin’
Woolf, Muddy Waters, Walter Shakey Horton…) avant
"l’arrivée" à chicago. En
effet, après les tournées du nord des États-Unis
pendant les 50’s, les formules se sont enrichies d’orchestrations
— on préfère les formules légères
et primitives depuis la fin des années 40.
• Quelle est la part de reprises et d'originaux
dans votre répertoire ?
Sur scène 1/3 reprises, 2/3 compos, sur le dernier
album 1/4 de compos, sur les albums précédents
100% de compos.
• Quelle formation musicale avez-vous suivi ?
Autodidactes.
• Depuis combien de temps jouez-vous ensemble ?
12 ans.
• Matt - Le plus étonnant chez vous est
certainement votre voix... profonde et intemporelle. Est-ce
que vous avez travaillé celle-ci pour correspondre
le mieux possible à la musique que vous faites, ou
bien est-ce votre voix qui vous a amené à
ce blues très roots ?
Un mélange des deux, à force de pratiquer
cette musique ma voix s’est probablement timbrée
naturellement.
• Matt - Quels modèles de guitares utilisez-vous
?
Électriques simples type Danelectro (lipstick, simple
bobinage), 1/2 ou 3/4 de caisse avec des micros Di Harmond
ou P90, j’utilise depuis peu une James Trussard Steelphonic.
• Vince - Quel set de batterie utilisez-vous ?
Y a-t-il des éléments de batterie qui conviennent
plus particulièrement au blues?
ASBA (vintage marque française / modèle jazz).
Caisse claire, grosse caisse, 2 toms, Carley, ride, plus
accessoires : woodblocks, cloches, et washboard.
• Quelle configuration avez-vous choisi pour l'enregistrement
de votre album Mo' Diggin' ? Avez-vous cherché
à reproduire les conditions d'enregistrement des
vieux studios d'antan ?
Pour les conditions d’enregistrement, pas de recherche
du son d'antan (contrairement aux premiers albums assez
roots). Enregistrement sur bandes + console digitale : une
Nieve des années 70 (la première de Barclay)
et une Nieve des années 60 (de chez Philips). Vincent
joue basse + batterie donc il a dû enregistrer en
re-recording.
• Pourquoi avoir choisi cette imagerie des "fossoyeurs"
pour illustrer votre album ?
[Ce sont] les fossoyeurs
qui déterrent les racines.
• Quel est le sens de l'expression "Mo' Diggin" ?
Mo’ Diggin’ a un double sens : "creuser
plus loin" et "kiffer plus".
• Vous assurerez la première partie de
Ben Harper le 27 juin à l'Olympia. Est-ce que vous
savez déjà ce que vous allez jouer et comment
?
Formule duo, petit répertoire country blues, rockin’blues.
• Ben Harper n'a eu de cesse de rechercher un
son différent, une "voix" différente
pour jouer du blues. Qu'est-ce qui vous pousse au contraire
vers cette voie très traditionnaliste ?
Le plaisir et l’envie, sans calcul. |
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Ben Harper & the Innocent Criminals à
l'Olympia
du 26 au 30 juin 2006 — complet
première partie :
26/06 - Don Cavalli
27/06 - Bo Weavil
28/06 - Piers Faccini
29/06 - Seb Martel
30/06 - Piers Faccini et Seb Martel |
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