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Origines et techniques du blues
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"Le problème de la musique actuelle, c'est que les gens ne connaissent pas les racines de celle-ci. Plus tu connais les bases de la musique que tu fais, plus tes fondations sont solides. Il faut connaître ses racines, sans cesse explorer le passé. On pourrait passer sa vie à cela. Il faut donc commencer tôt pour en tirer quelque chose." — Ben Harper

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Les origines du blues

Le terme "blues" est le raccourci de l'expression "blue devils" ("démons bleus") — que l'on pourrait traduire par "idées sombres", "idées noires" ou "tourments".

Le blues, est une invention des esclaves noirs déportés d'Afrique vers le continent Nord-Américain : Les premiers esclaves arrivent sur le sol américain en 1619. Immédiatement les missionnaires anglo-saxons substituent la réligion chrétienne aux rites et croyances africaines. C'est ainsi que les Noirs commencent à reprendre à leur compte, cantiques et évangiles de la chrétienté blanche, créant les "negro spirituals". Cette tradition orale s'étend sur les exploitations sous forme de chants collectifs ou solitaires. Le langage blues est basé sur un système de question-réponse : un meneur lance une phrase à laquelle ses compagnons répondent en choeur. Ce sont les hollers et field-hollers. Le système de question-réponse chanté sera ensuite transposé à la musique. Ainsi les hollers lancinants et répétitifs peuvent être considérés comme la forme primitive de ce qu'on appellerait aujourd'hui un riff.

Cette forme de blues rural se développe principalement dans la basse vallée du fleuve Mississippi. La fin de la guerre de Sécession (1861-1865) marque la fin du système esclavagiste et au début du XXe siècle, les Noirs commencent à migrer vers les grandes villes du Sud (Nouvelle Orléans, Dallas, Atlanta, Memphis), mais aussi du Nord (New-York, Detroit, Chicago) et de la côte Ouest (Los Angeles et San Francisco). Le blues se répand ainsi à travers l'ensemble des Etats-Unis.

Les textes du blues décrivent le plus souvent la vie quotidienne, les amours déçues, la mort, Dieu, mais aussi l'espoir. Les paroles sont soutenues par des rythmes africains, tendant parfois vers la transe. Le rythme est imprimé sur tout ce qui raisonne : planche à laver, une bassine renversée sur laquelle était fixée une corde formant une contrebasse, une cruche dans laquelle on souffle... tout objet produisant un son était suceptible de devenir un instrument de musique. Plus tard seront intégrés l'harmonica, le piano, mais surtout la guitare.

Les premières guitares apparaissent à la fin du XIXe siècle. De modèle espagnol, elles coûtent de 1 à 5 dollars. Le catalogue "Sears Roebuck" propose de nombreux modèles en vente par correspondance dès 1908. La popularité de la guitare coïncide avec l'expansion du blues. Cet instrument s'impose de manière prépondérante alors que dans la musique blanche, banjos et violons restent omniprésents. Au début des années 20, les guitaristes Noirs de blues développent et créent des techniques de jeu permettant d'obtenir le plus d'effets possibles — il s'agit de sortir de leur guitares sèches bon marché tout ce dont elles sont capables.

Vers 1945 le jazz apporte aux formations de blues, la guitare électrique, les cuivres (saxophones, trombones et trompettes). Ainsi est né le rythme&blues, plus dynamique que le blues rural originaire et que le blues urbain des années 30/40. Du R&B sont ensuite nés la Soul et le Rock and Roll. Les années 50 marquent quant à elles l'apparition du Chicago blues (forme électrifiée du blues rural).

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Les techniques du blues

Le Bend (ou choke). Il permet de faire pleurer la note. C'est une technique propre au blues qui correspond évidemment au besoin d'exprimer le sentiment de déchirement et de tristesse.
La corde est tirée vers le bas ou poussée vers le haut par l'annulaire, assisté par le majeur qui contrôle la justesse.
Ce mouvement permet d'obtenir le son de la note située un ton au-dessus (full), un demi-ton au-dessus (1/2) ou un quart de ton au-dessus (1/4).


Prébend; la corde est immédiatement tirée vers le bas ou poussée vers le haut.
Classic bend; liaison entre deux notes, entendues distinctement.
Release bend; la corde est jouée tirée ou poussée. La corde est ensuite relachée pour obtenir le son de la deuxième note.
Hold bend; le bend est maintenu alors que l'on joue d'autres notes.
Double bends; le mouvement est appliqué sur deux cordes. Ils sont le plus souvent effectués vers le bas.


Le Hammering-on et le Pulling-off. Techniques probablement issues du banjo.
Le hammer-on est une liaison de type ascendant. Une première note est jouée. La deuxième, plus aigue, est obtenue en frappant la corde sur l'une des cases suivantes.
Le Hammer classique permet d'entendre les deux notes de façon distincte. On obtient un jeu lié (legato).
Le Hammer en appogiature élude la première note.
LePull-off est une liaison de type descendant. C'est le mouvement inverse du Hammer-on.
Une succession rapide de hammers et pull-offs s'appelle "Trille".


Le Finger-picking. Antérieur au blues. Permet le jeu de basses alternées avec le pouce et le jeu de la mélodie avec l'index et le majeur.

Le Flat-picking requiert l'usage d'un médiator. Cette technique a probablement été inventée par Lonnie Johnson. Il sort la guitare de son rôle rythmique pour en faire un instrument de solos au même titre que la clarinette ou la trompette. On le retrouve dans tous les genres modernes.

Le Bottleneck est un tube de verre placé sur l'un des doigts de la main (l'annulaire ou l'auriculaire), que l'on glisse sur les cordes pour produire un son proche de la guitare hawaiienne.


La Slide Guitar est née à la fin du siècle dernier dans le delta du Mississippi. Ce style de jeu est directement issu de la musique noire : le blues qui puise ses racines au plus profond des traditions des esclaves. La démarche première consistait à essayer de reproduire le son de la voix humaine.
Le terme "bottleneck" qui se traduit par "goulot de bouteille" fut utilisé par les premiers guitaristes de slide qui se servaient d'un goulot de bouteille de bière. Au départ, la guitare était posée sur les genoux comme dans la musique hawaïenne et on glissait sur les cordes des objets aussi hétéroclites que des lames de couteau et autres tubes de cigare. La guitare a reprit sa position normale quand on enfila le slide au doigt. Les guitaristes américains qui créèrent ce style sont parmi les plus grands musiciens de blues : Charley Patton, Son House, Mississippi Fred McDowell, Big Joe Williams, Bukka White, Robert Johnson, Blind Lemon Jefferson, Leadbelly, Blind Willie McTell et Blind Boy Fuller. Leurs morceaux deviennent rapidement des standards et sont repris par la génération suivante avec des musiciens tels que Muddy Waters ou encore Elmore James. Dans les années 60, le slide fait son entrée dans le blues électrique pratiqué par les guitaristes de Rock comme Eric Clapton, Duane Allman, Lowell George, Rory Gallagher et Ry Cooder.
Coexistent deux écoles; ceux qui jouent en single note (Son House, Mississippi Fred McDowell...) et ceux qui jouent en accord (J.B. Hutto). Il est évidemment plus aisé d'effectuer des accords avec trois doigts en plaçant le bottleneck sur l'auriculaire.

Pour obtenir les notes justes, il faut placer le bottleneck au dessus de la frette et au non au milieu de la case.


L'étouffement. On laisse reposer la base du poignet avant le chevalet pour étouffer une ou toutes les cordes. Cela peut aussi se faire avec la main droite. Cette technique permet d'accentuer l'effet de basse des cordes graves et de contraster avec la mélodie des cordes aiguës (on retrouve notamment cette technique dans Love in vain - R. Johnson).

Accordages. Outre l'accordage standard, "à l'espagnol", les bluesmen affectionnent le Sol ouvert (slack key) Ré Sol Ré Sol Si Ré. Cet accordage se rapproche de l'accord standard du banjo à 5 cordes et on le retrouve parallèlement chez les joueurs de cistre en Allemagne ; l'usage de cet accord aurait été pérénisé par les premiers fabriquants de guitares aux Etats-Unis, originaires d'Allemagne.
Les accordages ouverts facilitent un accompagnement répétitif. Pour obtenir un accord majeur ou mineur il suffit de diéser ou de bémoliser la 3e corde.
On peu citer le Mi ouvert (Mi Si Mi Sol Si Mi), le Double Dropped de Do (Ré La Ré Sol Si Ré), ou encore l'open Sawmill (Ré Sol Ré Sol Do Ré).

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Voir aussi : Les grands interprètes du blues



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