Patrick
Brayer
Upland, Californie - juillet 2001
"J'ai connu Ben lorsqu'il avait 15 ans. C'était
un gamin incroyable.
Il réparait des cithares dans l'atelier de ses grands-parents.
Je me souviens qu'il réapparaissait de temps en temps
dans la boutique, les cheveux pleins de sciure.
Il restorait les instruments que j'avais déniché
aux puces mais refusait systématiquement que je le
paie. Il lui est même arrivé de décrocher
une guitare du mur du Folk Music Center pour me l'offrir
- ne le dites pas à ses grands-parents! - simplement
parce que j'admirais le motif psychédélique
de la plaque de protection (pick guard). A l'époque
où il devait éventuellement être appelé
à rejoindre Taj Mahal sur les routes, il s'appliquait
à monter un système de petits carillons à
l'intérieur de ma guitare. Mais heureusement pour
nous, il n'a jamais eu le temps de l'achever...
J'ai toujours été amusé par la façon
dont il pouvait se transformer physiquement - il continue
d'ailleurs à le faire. Un jour, il pouvait ressembler
au gars de la pochette de 'Yazzoo'. Le jour suivant, il
portait un costume trois-pièces et c'était
le portrait craché de Robert Johnson.
Un jour, il est venu me voir en courant, les yeux complètement
équarquillés, pour m'offrir une photo où
l'on voyait uniquement les mains de Robert Johnson. Ce jour
là j'ai su qu'il avait compris ce qu'était
la poésie. Pour le remercier je lui ai offert une
série de 78 tours de Leadbelly jouant de l'accordéon
Cajun - quelque chose de divin. Du cercle de mes amis, très
peu pouvaient en apprécier la valeur autant que Ben.
Il a mis du temps avant de m'avouer qu'il jouait de la guitare.
Puis il m'a demandé de venir l'écouter. Sa
façon de jouer révélait un sens aigu
de l'observation - il avait assimilé la technique
des maîtres du Blues; Johnson, John Hurt et Peetie
Wheatstraw.
Je produisais une série de concerts nomades, The
Starvation Café (1982-1994), à Fontana,
Californie. J'ai suggéré à Ben de révéler
son jeu lors d'un concert et d'un enregistrement live. Je
pense que cela a été l'un de ses premiers
pas vers les feux de la rampe. Il était déjà
prêt à se réaliser - et c'est ce que
je recherchais. Je ne voulais pas quelqu'un que je puisse
former mais quelqu'un que je puisse aider à développer
ses qualité naturelles. Il a travaillé pour
moi, d'abord au sein d'un groupe de Blues appelé
The Thirsty Dog puis au sein d'un groupe de slide guitar
du Moyen-Orient "The Benouds of Mighty Ivory"
et enfin sous son propre nom. Il interprétait alors
ses propres compositions comme Pleasure And Pain.
Nous autres, musiciens Claremont (Lindley, Darrow, York...)
sommes très fiers de son récent accomplissement.
C'est un peu de nous qu'il emmène dans cette aventure.
Il a obtenu ce succès avec beaucoup de grace et de
dignité. Et en cinq albums il a réussi à
transmettre son histoire et sa conscience sociale au monde
entier."
PS : Cela m'amuse de voir qu'à chaque fois qu'il
m'appelle, de France, de Guam ou d'Australie... il tombe
toujours au bon moment. Il téléphone toujours
quand je rentre chez moi pour manger, cela signifie qu'il
doit garde toujours une montre à l'heure d'ici.
Propos recueillis par Emmanuel Rivet / swer.net | Photo
(haut) par William Percell |