| Racines
| Première partie |
Ben Harper est né
le 28 octobre 1969 à Pomona et a grandi à
Claremont, Inland Empire, Californie, un village situé
50 kilomètres à l'est de Los Angeles. |

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Ben
Harper : "La famille du côté de
mon père vient de South Central. J'ai grandi entre
Claremont et Pomona, dans la région du Inland Empire
à une heure, à l'Est de Los Angeles."
"Ma grand-mère paternelle était moitié
Indienne Cherokee, moitié Noire. Comme ma famille
s'est dispersée et que personne ne raconte rien,
je ne sais rien des tribus dont je suis originaire, c'est
vraiment dommage." Photo © Nicolas Hidiroglou |
"Ma grand-mère
ne parlait pas, elle ne disait rien! Elle a eu trois frères,
mais deux sont morts et l'autre est très vieux. C'est
difficile de retracer son histoire. De plus, mon père
entretenait des relations très distantes avec elle.
J'ai demandé à des gens de faire des recherches
mais les pistes sont si brouillées que ce n'est pas
possible. Mes parents se sont séparés assez
tôt (j'avais cinq ans)... Tout ça remonte à
loin, finalement je ne connais pas tellement bien la famille
du côté de mon père."
"Mon arrière grand-mère maternelle était
juive russe, elle vient de Lituanie. Elle s'appelait Bessie
Udin. Je n'en sais pas plus, là non plus ma famille
n'a pas gardé de traces. Je me sentais très
proche d'elle. Je lui ai dédié l'album Welcome
To The Cruel World. Elle occupe tellement de place dans
mon coeur qu'il m'a semblé nécessaire de le
faire." |
Ben
Harper : "J'ai aussi des racines vaudou. Ma
grand-mère paternelle habitait les Prospects, ces
maudits HLM du ghetto de Watts. Elle était versée
dans les Arts Noirs. Un jour, un voisin a liquidé
sa femme qui était une de ses copines. Il avait procédé
si habilement qu'on ne pouvait rien prouver contre lui.
Le mec est ressorti à six heures du commissariat,
libre comme l'air. Ma grand-mère lui a aussitôt
collé un mojo vaudou mortel. Tchac! Le lendemain
les voisins ont retrouvé l'assassin raide mort, tout
bleu dans son lit, défiguré par la terreur.
Souvent, c'est grand-mère qui nous gardait l'après-midi,
mon frère et moi. On était mioches, on jouait
à cache-cache dans l'appart'. Un après-midi
je me suis planqué dans le placard de sa chambre
à coucher, dans le noir complet. C'est là
que j'ai entendu les Voix, mes Voix. Depuis, j'ai su que
je devais jouer de la slide-guitar. Pour rien s'il le fallait." |

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"J'ai
eu beaucoup de chance. J'ai grandi dans une famille de musiciens,
un cadre de vie idéal pour un gamin comme moi. J'ai
eu ma première guitare à l'âge de sept
ans. Il paraît que je jouais dès l'âge
de trois ans sur la guitare de ma mère (Ellen). C'est
elle qui m'a appris les premiers accords. C'est une incroyable
chanteuse et guitariste acoustique. Mon père (Leonard),
luthier, jouait des percussions. Ma grand-mère chantait,
jouait de la guitare et du lap-dulcimer. La soeur de ma
mère, mes frères jouent aussi de la musique..."
Photo © claremontmckenna.edu
| Ben Harper et sa mère Ellen au Bridges Auditorium
de Claremont - 06 Avril 2001. |
"Les premiers concerts
auxquels j'ai assisté c'était ceux de ma famille.
Personne n'avait d'argent à l'époque, alors
le groupe de ma mère répétait à
la maison. Mes frères et moi prenions nos coussins,
on s'intallait en cercle et on les écoutait jouer.
A six ans j'allais voir Taj Mahal en concert. J'avais aussi
l'habitude de voir les spectacles au Santa Barbara Bowl
etc... Il est clair que cela a influencé ma relation
avec la musique, car j'en ai eu une approche très
naturelle." |
Ses grands-parents maternels
- Dorothy et Charles Chase - lui transmettent leur passion
pour les instruments en bois. Ils sont propriétaires
du Folk Music Center, magasin d'instruments de musique fondé
en 1958 et musée national américain depuis
1982. Celui-ci fut et reste intimement lié à
la destinée de Ben Harper. |

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Ben
Harper : "J'habitais à cinq minutes,
j'y étais tout le temps. C'était ma maison,
j'y passais autant de temps que chez moi. Ils avaient toutes
sortes d'instruments à cordes. Tous les jours, je
côtoyais des instruments, j'avais un rapport presque
charnel avec eux, comme s'ils étaient devenus des
amis."
Photo © Guitar Player - décembre 1999 | Ben
Harper et sa guitare Asher dans la réserve du Folk
Music Center. |
Patrick
Brayer : "Il réparait des cithares dans
l'atelier de ses grands-parents. Je me souviens qu'il réapparaissait
de temps en temps dans la boutique, les cheveux pleins de
sciure. Il restorait les instruments que j'avais déniché
aux puces mais refusait toujours que je le paie. Il lui
est même arrivé de décrocher une guitare
du mur du Folk Music Center pour me l'offrir - ne le dites
pas à ses grands-parents! - simplement parce que
j'admirais le motif psychédélique de la plaque
de protection (pick guard)." |

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Charles
Chase : "Il a travaillé ici pendant cinq
ans. Il est devenu un expert en restauration de guitares.
Il est devenu si bon que des professionnels lui confiaient
leurs instruments. Quand il avait fini de les réparer,
il devait les essayer pour être sûr qu'ils sonnaient
bien. Rapidement, le temps qu'il consacrait à les
essayer est devenu plus long que celui passé à
la réparation. Alors un jour il a arrêté
et il est parti." Extrait du récit de Raechel
Fittante, décembre 1997 | lire
la suite
Photo © inconnu | Charles Chase et Ben Harper au Folk
Music Center |
Ben
Harper : "Dans l'arrière-boutique du
Folk Center, il y a tous les outils pour fabriquer des guitares
mais j'en ai faites très peu - trois - la seule vraiment
réussie est exposée dans le magasin, les deux
autres sont trop expérimentales. J'ai surtout travaillé
à la restauration d'instruments. Il y avait un luthier
à Glendale, nommé Jack Willock, qui travaillait
chez Gibson dans les années 40. C'est avec lui que
j'ai appris à réparer et construire des guitares
pendant cinq ans. Jack Willock est un homme magique - il
connaissait Lloyd Loar et a travaillé dans la manufacture
avant de partir à la guerre. Les mots me manquent
pour dire ce qu'il m'a appris sur la vie et sur les guitares." |
"Cette pièce
de bois en épicéa (spruce) sert à la
construction de la table d'harmonie. Le bois sonne en Ré,
c'est la meilleure tonalité pour un tel instrument".
Photos extraites du documentaire Welcome to the cruel
World © JP Plunier, Line Postmyr, Jeff Gottlieb. |
"Il m'arrive encore
de temps en temps d'aller voir à l'intérieur
de certains instruments. J'aide au magasin, j'expose les
instruments sur le mur, je m'assure qu'il sont bien réglés
afin que les clients puissent en jouer, des trucs comme
ça... J'adorais ça. La restauration et la
construction de guitares me manquent mais cela fait trop
longtemps que je n'ai plus pratiqué." |

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C'est en
fréquentant le Folk Music Center que JP Plunier (manager/producteur)
fera la connaissance de Ben Harper et de sa famille. Il
évoque l'endroit : "C'est un magasin d'instruments
folkloriques du monde entier, c'est fantastique, c'est un
peu une caverne d'Ali Baba. J'adorais la musique et j'ai
toujours eu des instruments de tous les pays où j'étais
allé, dont notamment une bombarde bretonne, que je
leur ai offerte; le magasin est aussi un musée (...)
Ils avaient besoin d'une bombarde, je leur ait donné
la mienne, pour représenter le Bésévatch!"
Photo © Par Eric Mulet - Les Inrockuptibles n°58
- Eté 1994 | Ben Harper et JP Plunier. |
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Ben
Harper : "C'est un guitariste slide qui joue
de toutes sortes d'instruments; fiddle (violon traditionnel),
banjo, mandoline... de tout ce qui a des cordes. Il jouait
avant tout le monde de la Weissenborn." Photo ©
Latvin |
"Mes parents, lui et sa femme
se connaissaient déjà avant que je naisse
- cela remonte à loin. Sa fille (Rosanne) et moi
étions amis, nous avons grandi ensemble, nous étions
vraiment très, très proches, comme un frère
et une soeur. On avait l'habitude de le suivre en concert
et de le voir jouer. Le fait d'avoir été exposé
à sa musique depuis mon plus jeune âge a joué
un grand rôle par rapport à la façon
dont je fais de la musique."
"Il venait tout le temps au Folk Music Center. On passait
du temps ensemble et on rigolait - c'est le mec le plus
drôle que je connaisse."
"David Lindley et des types comme Taj Mahal ont eu
sur moi, une influence énorme, incommensurable et
le fait qu'ils soient toujours de ce monde rend ma vie plus
intéressante et plus vivable. David connaît
Pete Seeger, Bess Hawes, Jean Ritchie - un joueur de dulcimer...
Il connaissait Okie Adams - un fabriquant de banjo old-school.
Flatt and Scruggs. Ils connaissait tous ces mecs... Taj
connaissait Mississippi John Hurt, Fred McDowell, Lonnie
Johnson, Brownie McGhee... Pour moi, ils sont le lien direct
vers cette école."
"David avait l'habitude de jouer avec un percussionniste
incroyable, 'Baboo' (George Pierre) qui a eu un profond
impact sur moi. J'aimerais vraiment savoir ce qu'il est
devenu. Il était premier percussionniste sur l'album
El Rayo-X et donnait vie aux concerts d'une façon
incroyable."
David Lindley : "Je
connais Ben depuis qu'il a cinq ou six ans. Je connaissais
sa mère et je suis allé à l'école
avec son père. Son grand-père et sa grand-mère,
Charles et Dorothy Chase, sont deux piliers de la scène
musicale Folk de Claremont. Je les connais depuis toujours.
J'ai été étonné de voir avec
quelle rapidité Ben est devenu un grand joueur de
slide, par son seul travail, juste en observant les autres.
Autant que je sache, il n'a jamais pris aucune leçon
même si je suis sûr qu'il a bûché,
étudié durement, apprenant la musique hawaiienne
traditionnelle et le Blues - on peut l'entendre dans ce
qu'il fait.
L'un des aspects essentiels permettant d'appréhender
son jeu, est le fait qu'il a étudié les originaux,
les artistes Hawaiiens comme Sol Hoopii et Gabby, puisant
d'abord à la source, la technique et l'inspiration.
Il a ensuite intégré sa propre sensibilité.
Cette démarche est la meilleure façon de procéder
- il en a récolté les fruits et en a fait
un bon usage.
Bien que je puisse reconnaître dans sa musique quelques
unes de ses influences, il est original dans sa façon
de jouer et de chanter, véritablement original. Ben
Harper n'est pas une création de l'industrie musicale.
Le talent de Ben a semblé se révéler
tout d'un coup, intact et s'est développé
à une allure presque effrayante. Un jour, au Folk
Music Center, j'ai joué un air plutôt complexe
sur une guitare Hawaiienne. Lorsque je suis revenu le lendemain,
il jouait dans le même style, une variation qui était
encore meilleure que la mienne. Cela, après m'avoir
regardé jouer une seule fois. C'était incroyable.
J'ai eu en réalité une influence mineure sur
lui dans la mesure où il a tiré son inspiration
de bon nombre de gens qui m'avaient moi-même inspirés
- Mike McClellan d'abord et en tout premier lieu. Mike c'est
LE multi-instrumentiste original; un joueur vraiment incroyable
et un chanteur qui a tracé la voie de la plupart
d'entre-nous. Il a appris à parler hawaiien pour
se rapprocher de cette musique - ce qui est un acte vraiment
honorable et un exemple à suivre.
On peut ensuite déceler dans la musique de Ben Harper,
l'influence de Taj Mahal. Encore quelqu'un de vrai, d'authentique,
comme Mike, quelqu'un qui est d'abord allé puiser
dans les traditions et apprendre d'elles le plus possible,
pour ensuite l'utiliser.
Je dirais que Ben a appris une méthode plutôt
qu'il n'a emprunté ci et là, la musique des
autres. Il y a une différence notable - apprendre
la substance plutôt que le style. Ce n'est pas facile,
cela demande beaucoup de travail et cela se voit dans le
jeu de chacun.
Et enfin, il y a le "facteur X" que Ben possède
plus que ses aïeux. Et qui sait d'où cela vient...
Il est né avec.
Il faut aussi comprendre que la plupart des musiciens conservent
toujours dans leurs têtes ce qu'ils ont pu entendre
ou voir et cela ressort à un moment donné,
sous n'importe quelle forme, originale ou modifiée.
Il faut imaginer que chaque chanson que l'on entend est
classée loin dans le subconscient, prête à
ressortir à tout moment, sans avertissement. Tout
reste dans nos "fichiers".... là-bas, tout
au fond."
plus d'infos sur | David Lindley |
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Chris Darrow
est l'auteur de Whipping Boy, un titre repris par Ben Harper
sur Pleasure and Pain et Welcome To The Cruel World.
Photo © Steve Cahill |
Chris
Darrow : "J'ai grandi à Claremont. J'ai
commencé à jouer de la musique très
jeune. Je jouais du Ukulélé dès l'âge
de cinq ans et j'ai commencé la guitare à
treize. Ma première guitare vient du Folk Music Center
- que possèdent Charles et Dot Chase. Leur fille
Ellen - la mère de Ben - était dans la même
école que moi. Nous nous sommes connus au lycée.
Ses parents ont pris une place très importante dans
ma vie. J'ai passé de nombreuses heures au Folk Music
Center à jouer sur les instruments et à écouter
des disques.
J'ai d'abord commencé à jouer du Folk, du
Bluegrass et de la musique populaire. J'ai débuté
ma carrière avec le groupe Kaleidoscope en
1966. Plus tard, j'ai rejoint le Nitty Gritty Dirt Band,
j'ai travaillé avec Linda Ronstadt, Hoyt Axton et
James Taylor. J'ai enregistré en sessions pour d'autres
artistes, de Gene Vincent à Helen Reddy.
Mon deuxième album solo, Chris Darrow, a été
enregistré en Angleterre dans les studios Trident.
J'ai joué avec beaucoup de musiciens anglais et ça
a été un plaisir de le faire. Whipping
Boy a été enregistré la première
fois en 1972 avec un groupe composé de Caleb Quaye,
Roger Pope et Clive Chaman. Mon pote Steve Cahill jouait
de la mandoline, je chantais et jouais de la lap-slide électrique.
Les membres de la section rythmique ont aussi travaillé
pour Elton John et Jeff Beck.
Cette chanson parle des tensions qu'il peut y avoir dans
le mariage , je ressentais le besoin d'exprimer mes sentiments.
Le terme "whipping boy" vient du Moyen-Age, à
l'époque où les riches pouvaient payer quelqu'un
pour qu'il reçoive le châtiment à leur
place, d'où "Whipping Boy" [Littéralement
cela signifie "le garçon qui reçoit le
fouet" - on traduit cela par l'expression "Bouc
émissaire"].
Adolescent, Ben a commencé à travailler pour
ses grands-parents; ils lui avaient confié la réparation
des instruments. Il a aussi commencé à jouer
de la musique avec son pote Tom Freund. Ben trainait également
avec un des mes amis, guitariste flamenco, Ian Beardsley.
Ils se voyaient souvent, écoutaient des disques etc...
Le jour est venu où Ben a voulu faire ses propres
trucs, nous avons beaucoup parlé, son coeur balançait
entre son travail et la musique. Je l'ai encouragé
à se lancer dans la musique et lui ai suggéré
d'essayer d'enregistrer un album. Je lui ai dit que j'avais
une chanson qui serait parfaite pour lui; Whipping Boy.
Peu de temps après, lui et Tom enregistraient leur
album et y incluaient ce morceau.
JP Plunier, un ami à moi, aimait la chanson et m'a
demandé de lui faire rencontrer Ben. JP voulait faire
une vidéo et pensait que Ben serait le sujet parfait.
Il cherchait à travailler dans ce secteur et avait
un soutien chez Virgin Records. Les présentations
faites, le reste appartenait à l'histoire. Cette
première vidéo constituait les premiers pas
de Ben dans le monde de l'industrie musicale. Whipping
Boy est devenu le premier single de son premier album
(chez Virgin). La chanson a été remixée
par les Dust Brothers et est devenu un tube dance en europe
grâce à l'album Subterranean Abstract Blues/Rebirth
of Cool - 5, sur lequel on retrouve aussi Portis Head,
Massive Attack, Beastie Boys, Bomb The Bass et Paul Weller."
plus d'infos sur | Chris Darrow |
| Claremont, Inland Empire... environnement
culturel |
 |
JP
Plunier : "D'abord tu as des universités
et une station de radio KSPC, qui existe depuis le début
des radios universitaires américaines. C'était
une radio de grande influence dans les années 60.
Ça a été la première radio à
commencer à passer du Pop-Rock aux USA, à
passer du Hip-Hop, avant même toutes les radios commerciales,
avant même New-York. Je peux te dire que dans ce bled
là, il y avait aussi deux mecs qui étaient
ensemble à la fac, John King et Mike Simpson; les
Dust Brothers. C'est tout petit, mais quand tu cherches
un peu, y'a des choses qui se passent. Dans les années
70, il y a eu tout un mouvement de Country-Rock. Dans les
magazines, on dit toujours que c'est les Byrds et Gram Parsons
qui ont commencé, mais en fait, ça a commencé
dans ce bled là. Les premiers mecs à avoir
fait de la World, c'est aussi des types de là-bas,
notamment David Lindley et Chris Darrow, qui sont deux des
plus grands joueurs de slide vivants. C'est d'ailleurs Darrow
qui a appris plein de petits trucs à Duane Allman." |

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"La
racine de la slide-guitar, à part le Delta, pour
moi, c'est ce village de Claremont. Là bas, tu as
Chris Darrow, David Lindley et Ben Harper qui sont trois
des meilleurs guitaristes slide du monde, aujourd'hui. Tout
ces mecs-là sont passés par le magasin des
grands-parents de Ben, que ce soit Ry Cooder qui venait
pour réparer ses instruments ou les mecs des Flying
Burritos Brothers et même des groupes de punk; Christian
Death. C'est un truc séminal."
Photo © Eric Mulet - Les Inrockuptibles n°58 -
Eté 1994 | Ben Harper et Jim "The Mayor"
Smith, une figure locale de Claremont. |
Ben
Harper : "Le système interdit de sortir
du rang, de se faire remarquer. La créativité,
la spiritualité sont tuées dans l'oeuf, écrasées,
réduites en poussière. Il ne reste donc plus
que le corps pour s'exprimer et malheureusement, le corps
a souvent recours à la violence. Il n'y a qu'à
regarder ce qui se passe dans cette région pour comprendre
que le système éducatif est profondément
vicié." |

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"Je
dois à mes parents d'avoir échappé
à ces vices. Quand je rentrais chez moi, ils me disaient:
Ne t'inquiète pas, tu finiras par trouver ta voie,
tout seul, sans l'intervention des profs. Sois cool, fais
ce qui te plaît, exprime-toi comme bon te semble.
Alors je jouais de la guitare pendant des heures. Je faisais
des fautes, des dizaines de fautes mais j'étais libre
de progresser à mon rythme."
Photos © Eric Mulet - Les Inrockuptibles n°58 -
Eté 1994 |
"Je me fichais bien
du reste; les notes à l'école, l'esprit de
compétition. Parce que j'avais trouvé mon
truc; la musique! Je ne me battais pas pour devenir patron
ou scientifique. Je ne pensais qu'à jouer et mes
parents me fichaient une paix royale. Pendant que je dessinais,
mon père n'était pas derrière mon dos
pour me surveiller. Je pouvais peindre le soleil en bleu
et l'herbe en violet, personne ne venait me dire que c'était
mal. Mes parents étaient cools, pas laxistes simplement
cools... J'étais assez fort en athlétisme.
Saut en longueur, triple saut, sprint: je ramenais toujours
des tas de médailles à la maison mais quand
je perdais, personne n'en faisait un drame. Un autre garçon
avait été plus fort que moi, et alors? La
vie continuait malgré tout. J'étais heureux,
entouré par des gens libres, tolérants, indépendants.
Mes parents étaient pleins d'amour. Mes frères,
mes cousins, mes grand-parents, tous ces gens ont tellement
d'amour en eux que j'ai baigné dedans dès
ma naissance. Matériellement, la vie n'était
pas toujours rose, mais spirituellement, c'était
parfait."
"Je n'étais pas en guerre contre l'école
mais je ne voulais pas pour autant être son complice.
Alors je laissais couler, un peu en retrait. J'étais
copain avec tout le monde, les bons élèves
et les cancres. Je ne participais que très rarement
aux cours parce qu'il était évident que je
n'apprendrai rien d'essentiel à l'école. Je
passais souvent les cours au fond de la classe. Dès
le premier jour, les profs choisissent leurs élèves
préférés, qui s'installent aux premiers
rangs. Les noirs et les mexicains figurent rarement sur
la liste. Alors, on se serre les coudes dans les derniers
rangs. Le gang commence là, au fond de la classe.
Le système nous opprime, alors forcément on
se regroupe. On est jeune et naïf, on joue au dur.
Les instituteurs ne nous parlaient pas de nous, ils ne pensaient
qu'à nous apprendre des généralités.
Les profs sont tellement obsédés par les multiplications
qu'ils oublient de vous enseigner l'unification. Multiplier,
diviser, fractionner. A quoi ça rime lorsqu'on est
incapable d'unir plusieurs races en une seule nation?" |

 |
"J'ai
toujours su que mon éducation se ferait hors de l'école,
par la lecture et la musique. Pas une seule minute du programme
scolaire n'était consacrée à la musique.
Je n'avais qu'à rentrer chez moi pour jouer de la
guitare mais les autres gamins, eux, n'ont jamais pu tenter
leur chance. Il n'y a pas grand chose à faire à
Claremont. Sans l'éducation musicale que m'a apportée
ma famille, je serais devenu fou. Ou bien voyou."
Photo © Eric Mulet - Les Inrockuptibles n°58 -
Eté 1994 |
"Quand j'avais dix
ans, je voulais m'exprimer, bouger, dire des trucs. C'est
l'âge où l'on a le plus de sentiments à
exprimer. Je faisais du skate tout le temps. Mais au bout
de cinq ans, j'ai arrêté de m'intéresser
autant au sport au profit de la musique. Beaucoup de mes
amis ont continué, certains sont devenus professionnels.
"Tu te ballades en voiture pendant dix minutes à
Claremont ou Pomona et tu es sûr de rencontrer des
gangsters. Dans la rue d'à côté, il
y a forcément des types mal intentionnés.
Des mecs qui traitent leur femme de pute et qui sortent
un flingue au moindre malentendu."
"Les gangs sont partout. J'ai des copains qui appartiennent
aux gangs, pas seulement des rappeurs et pas seulement des
Noirs. Le fléau touche tout le monde parce que personne
n'est à l'abri du mal et des vices. Par ici, si l'on
est un peu faible et dans le besoin, on peut facilement
se faire entraîner par le courant. Tu traînes
avec des mecs pas clairs et, sans le savoir, du jour au
lendemain, tu es passé de l'autre côté,
du côté des gangs et de la violence. Tu entends
les hélicoptères? Ce sont des flics qui surveillent
les banlieues. En apparence, c'est une soirée paisible
mais en réalité ça bouge dans tous
les sens. Il se passe toujours quelque chose ici mais on
peut très facilement passer à côté
sans s'en rendre compte. Lorsque j'étais gamin, je
ne remarquais rien."
"Certains de mes copains d'école sont devenu
ingénieurs chez Apple, d'autres ont fini en taule
et face à ce problème, la musique ne peut
rien non plus. Je pourrais consacrer toutes mes chansons
à la haine, condamner les gangs, le machisme, la
violence; cela ne changerait rien. Alors je chante sur l'amour.
Même "Like a king", ma chanson sur Rodney
King, est une chanson d'amour, avec un refrain doux, non
violent. Ce n'est pas un appel à la haine." |
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Les
débuts | Racines | Deuxième partie
L'enregistrement du tout premier album de Ben Harper,
"Pleasure And Pain" 1992 Cardas Records, raconté
par Tom Freund et George Cardas - L'entrée en scène
de JP Plunier - Les débuts professionnels.
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