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Racines | Troisième partie


Glory and Consequence
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Montage, Faded
Ben Harper : "Si comme moi tu choisis de t'accomplir et de travailler dur pour réussir, tu ne seras jamais célèbre. La différence est énorme: être célèbre ou avoir du succès. C'est le challenge de ce métier. Il y a des gens qui montent sur scène et qui ne devraient pas y être. Ils ont juste le désir d'être connus. Ce n'est pas ma motivation. Je préfère être avec des gens dévoués aux instruments qu'avec des célébrités. Bien souvent les génies ne sont pas des célébrités. Regarde JP Plunier - un vrai génie!"

Animation : Emmanuel Rivet © Photos extraites du vidéo-clip Faded - 1997 Virgin Records, Inc.


Disque d'or
Ben Harper : "Le succès est différent dans chaque pays. En France, il est particulier. C'est un pays qui a toujours été ouvert à beaucoup de musiques différentes. Si j'en avais le courage, si je n'étais pas si lié à ma famille qui habite à quelques miles de L.A. et si je ne devais pas répondre régulièrement à des engagements professionnels, je viendrais y vivre sur le champ. Avec femme et enfants." Photo © JP Plunier - Fight For Your Mind

"La France présente cette singularité d'être homogène malgré l'effervescence de nombreuses cultures régionales. Votre pays travaille ses différences dans la nuance. C'est ce qui lui donne cette douceur. Et c'est ce qui en fait l'antidote idéal aux Etats-Unis. Là bas, mon succès est dû aux innombrables tournées avec des shows à guichet fermé. Je fais trois cents dates par an et les soixante-cinq jours qui restent sont consacrés aux tournages de vidéos et ainsi de suite. C'est comme ça que je vends mes disques, parce qu'on ne passe jamais à la radio ni à la télé. Bien moins qu'en France. En Amérique, c'est comme si les programmateurs ne connaissaient pas ma musique. Tout est formaté: Rap, Rock FM, Oldies, Modern, R'n'B, Country. Il n'y a aucune case pour des disques comme les miens. Sans parler de la télévision..."

"J'ai vécu une enfance paisible et heureuse à Claremont, aux côtés de mes grands-parents qui m'ont donné ce goût pour la musique; dans ce sens je me sens effectivement quelqu'un de privilégié. D'un autre côté, je travaille dur pour y arriver et la vie que je mène n'est pas toujours facile: être en tournée pendant des mois, loin de ceux que l'on aime; tout ça est très éloigné de la vie de star que les gens imaginent. Je fais ce dont j'ai envie et en ça, je suis privilégié. Mais quiconque possède une chemise et des chaussures propres peut s'estimer gâté par la nature."

"Le succès a changé quelque chose chose d'important; j'ai pu acheter une maison à ma mère, voeu pieu que je formulais depuis des années mais que je ne pensais pas voir réalisé un jour."


Ben Harper
"J'ai beaucoup souffert de ma "gloire" au début; moi qui ait toujours trouvé stupide de poireauter ou de courir après quelqu'un pour lui réclamer un autographe ou une poignée de main, voilà que la même chose m'arrivait à moi, Ben Harper! Bien que ce soit sur une échelle somme toute assez modeste, ce genre de conséquences me gêne énormément mais j'ai dû apprendre à faire avec, par force..."

"La célébrité peut être un piège si tu ne gardes pas les yeux ouverts et que tu ne surveilles pas de près ton business. J'ai été assez frustré quand quelqu'un m'a dit qu'à la télé française (Mister Biz - M6) on disait que Ben Harper était parmi les gens qui se font payer pour aller à des soirées. Ca, c'était vraiment du journalisme irresponsable! C'était effectivement une soirée mais je faisais un set acoustique, je jouais en concert! Je me fais payer pour entretenir ma famille, mon groupe, mon équipe parce que j'ai une équipe de quinze personnes qui travaille avec moi! Evidemment qu'on me paie pour jouer des concerts. Mais ils n'ont fait aucune recherche, aucune vérification, ce qui est très frustrant! Si vous avez un problème avec ce que vous lisez dans la presse, venez me voir et on en parlera ensemble, d'accord? C'est important de communiquer."

"Parce que mes chansons sont extrêmement personnelles, se foutre de ce que racontent les gens à mon propos serait totalement inhumain. Je suis coriace mais je n'ai pas une carapace de rhinocéros. Je suis concerné par ce qu'on raconte sur mon compte mais sans en être obsédé. Je fais partie de ces naïfs qui espèrent qu'éventuellement leur musique finira par parler pour eux. C'est comme les vidéos. Ne comptez pas sur moi pour claquer 500 000 dollars dans un clip à la dernière mode numérique. Je préfère bricoler un machin à cent-douze dollars; c'est ça la clairvoyance. Imprimons plutôt des posters, investissons dix milles dollars dans un CD gratuit avec un titre live inédit qu'on donnera à dix mille mecs via un site internet. Comment procédaient Curtis Mayfield, James Brown? Ces types étaient des monstres, des géants, des putain de mutants. James Motherfucking Brown, le Parrain n'a pas lancé sa carrière à coup de clips avec les trottoirs qui clignotent que je sache..."

"Ma musique n'a rien à voir avec le business. Point. Les gens me disent: "Mais tu es sur un gros label". C'est juste que le business fait partie des moyens de communiquer ma musique dans le monde entier. Sinon je resterais assis chez moi. Il faut avoir une grosse voix pour se faire entendre."

Ben Harper
"Ta survie dans ce milieu dépend avant tout du degré de méfiance que tu entretiens à son égard. Je le respecte puisque qu'il me permet de vivre mais les intérêts du music-business sont rarement identiques à ceux des artistes. Cela prend souvent la forme d'une lutte - genre David contre Goliath- sauf qu'en l'occurence David en sort rarement vainqueur. C'est le paradoxe le plus délicat à gérer durant une carrière de musicien". Photo © Fabrice Demessence

"Depuis que mon fils est né, je ne peux plus me contenter de vivre seulement pour la musique. J'ai des responsabilités nouvelles qui n'ont rien de commun avec ma vie artistique. En quelque sorte, le fait d'avoir un enfant m'a ramené sur Terre. C'était une étape essentielle à mon développement. J'ai sans doute fait du mal durant ma vie, j'ai rendu des gens tristes et j'ai brisé des coeurs. On a aussi brisé le mien quelques fois, alors cette naissance est une sorte de rédemption pour moi. Plus que jamais, ma famille est une bénédiction, un refuge vers lequel je peux me tourner en permanence. Je ne veux plus m'éloigner désormais de cette sainte trinité qui constitue toute ma vie; la famille, l'amitié et la musique."

"Bien qu'installé à Hollywood, je viens souvent voir mon grand-père, nous parlons pendant des heures. Nous avons tellement à apprendre de sa génération (il va avoir quatre-vingts ans). Je le regarde vivre, lui et ses potes et j'apprends énormément. Je les écoute raconter leurs vieilles histoires, toujours les mêmes; des anecdotes sur leur jeunesse. Dans ma famille, nous avons beaucoup de chance d'avoir nos vieux près de nous. Aujourd'hui les familles ne vivent plus dans la même ville: une terrible tragédie, une sale conséquence de la modernité... Mes parents ont divorcé lorsque j'avais cinq ans mais mon père est resté à Pomona pour garder un oeil sur ses fils - j'ai 2 frères, Joel [né en 1972] et Peter [né en 1974]. Trop de gamins grandissent sans leur père mais j'ai eu de la chance...
Mon père est plus distant depuis que nous sommes grands alors j'essaie de remplir certaines de ses fonctions. J'aimerais être un modèle pour mes frères cadets. J'espère simplement que je le suis déjà naturellement. J'espère être un grand frère dont ils peuvent être fiers sans pour autant qu'ils me placent sur un piédestal. Le plus jeune fait des céramiques et l'autre travaille comme éducateur dans un centre qui recueille des jeunes en difficulté."
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JP Plunier : "Le père de Ben était percussionniste. Il est mort le lendemain du match France-Italie au stade France (pendant la coupe du monde 98), le jour où Ben avait un concert en Belgique. Il a fait son concert et il est rentré.
Le père de Ben, c'était un pote à moi, un mec incroyable. J'étais trop jeune pour être son ami, j'étais un branleur d'universitaire mais je le voyais. C'était un mec bien à part, je le trouvais fantastique."


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