Communiqué
de presse V2 music —
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"J'écoutais. J'attendais. Je priais pour être
sauvée. Et c'est ce qui est arrivé. Je me
sens forte maintenant. Intacte. Prête à soigner
le monde".
C'est ainsi que Rickie Lee Jones explique ce hiatus de six
années au cours desquelles l'une des songwriters
ayant presque à elle seule redéfini les potentiels
d'expression des paroles et de la musique occupait ses congés
artistiques. En racontant une histoire, en installant une
ambiance, en façonnant des connections métaphoriques
qui résonnent et qui révèlent, Rickie
Lee Jones a fait paraitre tout cela si facile.
Mais ce ne l'est pas. L'histoire, l'odyssée personnelle,
professionnelle et politique, qui a abouti à la douzaine
de chansons originales de "The Evening Of My Best Day",
son brillant nouvel album, revêt les proportions épiques
d'une authentique renaissance artistique. Bien plus q'un
simple retour en forme, "The Evening Of My Best Day",
est un formidable bond en avant de la part d'une artiste
qui ne fait que commencer à trouver son rythme.
Cela a tout l'air d'une pomme de discorde, au regard d'une
carrière marquée par des sauts musicaux audacieux.
Cette carrière a commencé en 1979, avec "Rickie
Lee Jones", l'album emblématique de toute une
époque. Elle s'est poursuivie au gré d'opus
comme "Pirates" (1981), "The Magazines"
(1984), "Flying Cowboys" (1989) ou "Ghostyhead"
(1997), dernière incursion dans le songwriting original.
Pour être précis toutefois, la carrière
de Rickie Lee a continué, l'air de rien, avec "It's
Like This", un album inspiré de reprises paru
en 2000, puis avec "Live At Red Rocks", un album
enregistré en concert l'année suivante. Seule
l'absence de compositions se faisait sentir, une absence,
qui, comme le démontre "The Evening Of My Best
Day", n'a fait que rendre plus doux le coeur et l'esprit.
"J'étais préoccupée par la vie"
explique Ricky Lee à propos de son congé artistique.
"Je vivais à Washington, essentiellement, je
m'occupais de mon jardin et j'élevais ma fille. Je
n'avais ni le besoin, ni l'inspiration pour écrire.
C'était une coquille vide et il n'y avait aucune
raison pour que cela revienne un jour."
C'est, assez curieusement, un mélange de politique
et de curiosité professionnelle qui a favorisé
son retour à la composition. "L'élection
de George Bush", se souvient-elle, "le vote des
lois patriotiques, le monopole des médias et leur
mauvais usage du langage. J'ai commencé à
comprendre qu'il fallait que quelqu'un parle haut et fort.
Il existe une longue tradition de musique protestataire,
de Woody Guthrie à Bob Dylan et je suis assez naïve
pour encore croire qu'une chanson puisse changer les choses.
Il s'agit exclusivement de pouvoir et d'intention et mon
intention est de réveiller les gens et les faire
sortir de leur léthargie. Mais on ne peut pas faire
cela en hurlant. Il faut expliquer. Il faut divertir. Ma
circonscription a toujours été celle des outsiders
et je pense que ce sont les outsiders qui peuvent redonner
de la valeur à ce pays".
A la même époque, Rickie Lee commençait
à se réveiller de sa propre hibernation créative.
"J'ai commencé à penser au songwriting"
révèle t-elle, "et le fait que personne
n'écrive plus de grandes chansons. Il y avait beaucoup
de choses qui étaient trop sérieuses et totalement
légères, mais rien de réellement mémorable.
Rien qui ne puisse se chanter. Alors je me suis mis à
étudier les meilleurs songwriters que je connaissais,
Paul McCartney, Cat Stevens, Curtis Mayfield. J'ai commencé
à étudier cet art à sa source".
"C'était un effort", raconte Ricky "qui
nécessitait une discipline rigoureuse et l'exercice
de muscles musicaux endormis". "Tous les après-midi,
je m'asseyais pour rencontrer la chanson à laquelle
je travaillais", poursuit-elle. "Le fait de manifester
une émotion ou une pensée dans un espace défini
de notes et de paroles peut s'avérer difficile, surtout
si on ne l'a pas fait depuis longtemps. Certaines de ces
chansons remontent à quinzaine d'années, mais
je ne voulais pas simplement y rajouter de l'argile et les
considérer comme étant terminées. J'avais
besoin de patience et de prière afin que le processus
se remette en place".
Ce n'est qu'au début de 2002 que Rickie Lee a commencé
à prospecter pour enregistrer un nouvel album. "Ma
priorité était de savoir qui pourrait m'aider",
comme elle l'explique : "J'avais besoin de quelqu'un
qui puisse faciliter mon retour en studio sans pour autant
m'encombrer". C'est en la personne de David Kalish,
un de ses amis, guitariste accompli, qui avait participé
à l'album "Pirate's Choice" en 1981, qu'elle
a trouvé la "camaraderie adverse" qu'elle
recherchait.
Une fois que le projet était lancé, le progrès
fut rapide et constant. "David avait suggéré
Steve Berlin de Los Lobos comme producteur. Et Steve a amené
avec lui quelques musiciens, assemblant plusieurs combinaisons
musicales. Le travail est devenu extrêmement joyeux,
surtout après que j'ai commencé à travailler
avec Bill Frisell". Guitariste d'une portée
et d'une profondeur exceptionnelle, Frisell possède
un cv impressionnant. Il a en effet travaillé avec
les plus grands, de Chet Baker à Pat Metheny en passant
par Marianne Faithfull et Norah Jones et au-delà.
"C'est toujours gratifiant de collaborer avec quelqu'un
qui comprend instinctivement votre propre langage musical",
s'enthousiasme Ricky. "Lors de notre première
session, nous avons écrit quatre morceaux en cinq
heures. Nous avons fini par en garder trois pour l'album
!".
Alors que "The Evening Of My Best Day" continuait
à prendre forme, il est devenu évident que
Rickie achevait une synthèse stylistique, qui lui
permettait de marier ses propres éléments
familiers et ambiants, à des influences plus surprenantes.
"Il y a du jazz, bien entendu. Et beaucoup de blues
et même des influences celtiques folk amenées
par David Kalish. Mais plus j'allais à l'intérieur
des chansons, plus je me concentrais sur l'esprit des années
soixante. Je me souvenais avec insistance de l'époque
du Black Power, lorsque dans des villes comme Oakland, la
culture et la politique se rejoignaient, lorsque la graisse
d'East Bay allait dans les rouages de cette musique".
Le résultat est une corne d'abondance kaléidoscopique
qui reste ancrée à une sensibilité
appartenant totalement et exclusivement à Rickie
Lee. Du contenu politique sans concession de "Ugly
Man" et "Tell Somebody" au funk de "Bitchenostrophy",
au blues percolé de "Mink Coat At The Bus Stop"
aux paroles évocatrices de "A Second Chance"
au coup de balai cinématographique de "Tree
On Allenford", "The Evening Of My Best Day"
trouve son centre serein dans l'effusion artistique de cette
originale entêtée.
"Ces morceaux sont le fruit des arbres que j'ai plantés
et pour lesquels j'ai priés pendant longtemps"
conclut Ricky. "Ce sont des images de mon enfance,
de ma famille et de moments de tristesse incomparables.
Mais ils peuvent être résumés de manière
très simple. Je ne suis pas encore conquise. Et cela
reste l'affirmation la plus politique qu'un être humain
puisse faire".